La franchise libre de droit, un modèle d’avenir ?

Une franchise correspond au droit pour un entrepreneur d’exploiter une marque détenue par d’autres, sous certaines conditions. Dans un tel modèle, la pertinence semble provenir du contrôle le plus étroit possible exercé chez les franchisés sur tous les éléments touchant à la marque. Pourtant, et contre toute attente, des initiatives se développent, issues de la rencontre entre cet univers et celui des œuvres proposées en open-source.

Qu’est ce qu’une franchise ?

Tout d’abord, rappelons le principe d’une franchise : il s’agit d’une entreprise dont la pertinence du modèle économique a été démontrée sur un territoire donné, dont le concept a été décortiqué et détaillé de manière à pouvoir être reproduit à l’identique en un autre lieu, sous la même marque.

Les caractéristiques essentielles de la franchise tiennent dans ces trois points :

  • Business Model éprouvé
  • Procédures standardisées
  • Image de marque

Ces éléments permettent à tout nouveau franchisé de démarrer un nouveau business sur des chapeaux de roues. Ce système a toutefois un coût, le franchiseur ayant un droit de regard et d’intervention sur l’affaire du franchisé, et percevant une part des bénéfices réalisés par ce dernier.

McDonald a été la première firme au monde à développer ce concept. Depuis, le principe s’est développé dans de nombreux domaines, comme on peut le voir dans cet annuaire des franchises. Les activités de restauration demeurent toutefois leur terreau de prédilection.

Comme nous l’avons vu, le système de la franchise possède des avantages très clairs. Mais les contraintes, particulièrement celles juridiques, voire financières, ne sont pas négligeables. Ceci, jusqu’à ce que ce milieu fasse la rencontre d’un autre univers : celui des logiciels en open-source…

Le monde des logiciels libres

Nous voici à présent dans un monde bien différent : celui de la conception logicielle.

Depuis sa création, et jusqu’à une époque assez récente, le modèle économique qui prévalait était celui de la vente de licences d’utilisation. Microsoft a bâti son succès sur ce principe : la vente au public (ou la location) de droits d’usage sur ses programmes, sans droits de regard ni de modification des codes sources.

Parallèlement à ceci, se sont développées des offres logicielles appelées « Open Source », ou « logiciels libres ». Leur code source, public et libre de droit, était susceptible de modification par n’importe quel programmeur souhaitant en proposer une amélioration ou une adaptation. Réalisés par une communauté, ces programmes, ainsi que leurs mises à jour et évolutions étaient ensuite proposés aux utilisateurs à titre gratuit.

Une véritable culture s’est aujourd’hui développée autour de ce modèle de conception et d’utilisation. Un programme ou une œuvre libre de droit peut l’être à différents degrés, selon les critères de licence « Créative Commons » :

Creative Commons BYLicence attribution : l’œuvre est signée par l’auteur initial

Creative Commons NCLicence non commerciale : il est interdit de réaliser un profit avec l’œuvre, sauf autorisation de l’auteur initial

Creative Commons NDInterdiction d’usage comme produit dérivé : l’œuvre ne peut pas être mêlée à d’autres afin de recréer un produit original

Creative Commons SAPartage à l’identique : l’œuvre devra être redistribuée sous une licence similaire

Le modèle économique de l’Open-Source

Dans l’informatique comme dans d’autres domaines (notamment culturels), les productions sous le régime de l’open-source ont d’abord été le fait de quelques « bidouilleurs » avant-gardistes, pour très vite se professionnaliser. Avec très vite ce paradoxe : le gratuit fait vendre… Par quel processus ?

Tout simplement car l’élément coproduit en Open-Source peut créer une grande diversité de manières de générer des revenus pour toute une variété d’acteurs qui investissent son champ. Selon leur savoir-faire d’origine et leur imagination, ces derniers sont en mesure de développer tout un écosystème d’activités, autour de cette « tête d’écosystème » que représente le produit Open-Source.

Par exemple, dans le cas de n’importe quel utilitaire proposé en tant que logiciel libre et gratuit, voici quelques hypothèses d’activités complémentaires – payantes – susceptibles de voir le jour (inspirés des besoins de Maslow comme guide de réflexion) :

  • Besoins de base : formation à l’utilisation basique, formation à des utilisations spécifiques (diversité des niches possibles), vente d’add-ons spécifiques…
  • Besoin de sécurité : stockage des données produites, réalisation par un professionnel des tâches les plus complexes permises par l’outil open-source…
  • Besoin d’appartenance : produits liés au folklore existant autour de l’élément open-source, animation de forums communautaires dotés de leur propre modèle économique, vente de revues liées…
  • etc.

C’est pourquoi de nombreuses firmes (et non des moindres : Microsoft, Google, Oracle…) collaborent aujourd’hui à l’amélioration de logiciels libres, mettant leurs moyens considérables au service de la production et diffusion de ces outils gratuits. Le fait est que leurs efforts sont récompensés par leur capacité à proposer toute une série d’offres payantes associées : ces offres gratuites génèrent tout simplement de nouveaux besoins. Et que, pour peu que leurs activités ne soient pas concurrentes mais complémentaires (ou que le marché de base soit suffisamment vaste), il y a de la place pour tout le monde.

LE « PROJET CAFE » : une « Freechise », ou franchise libre de droit

Nous quittons à présent le monde des softwares pour retrouver celui des franchises. En y transposant, toutefois, ce principe de la création Open Source. Et nous y découvrons des initiatives peu ordinaires, comme par exemple le « Projet Café ».

Il s’agit d’une enseigne dédiée à la vente de café à emporter. La marque existe désormais (avec la particularité d’être indéposable, comme l’explique leur site…), ainsi que les éléments d’identité visuelle associés, mais aussi le savoir-faire et les conseils nécessaires à sa mise en place n’importe où par qui le souhaite. Ce qui inclut des astuces au niveau juridique pour qui voudrait développer des points de vente ambulants malgré les contraintes administratives…

Leurs concepteurs ont donné à ce projet le nom de « freechise » : une franchise gratuite, une marque entièrement libre d’accès, et librement exploitable par n’importe qui sans qu’un contrat soit requis. A l’origine du Projet Café, il y a trois sociétés distinctes, provenant de domaines différents. La rémunération s’opère sur la vente d’outils et de consommables utiles au développement des points de vente, mais dont la consommation n’est jamais obligatoire. Elle est toutefois fortement encouragée, notamment du fait des économies que peuvent faire chaque « freechisés » en groupant leurs achats : une affaire gagnant-gagnant pour tout le monde.

On le voit clairement à partir de cet exemple : l’open-source est en train de devenir une philosophie, tout autant qu’un modèle économique, et commence à essaimer dans des secteurs plus traditionnels. Il sera intéressant d’observer, ou de participer, à l’extension de ce phénomène dans de nombreux domaines où personne ne semble l’attendre…

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5 Responses to La franchise libre de droit, un modèle d’avenir ?

  1. dom says:

    Hello Aymeric,
    En voilà un bon billet drôlement bien torréfié !
    T’as tout compris et même au-delà…
    Permets-tu que nous fassions un lien vers toi sur notre blog ?
    On se tient au jus

    dom

    • Aymeric says:

      Bonsoir Dom

      Mes excuses pour le délai de réponse : j’ai pas mal à faire à côté du blog, et souvent sans internet sous la main ces temps ci…
      Vous pouvez créer un lien vers l’article si vous le souhaitez.

      Et au passage, le bonjour à l’équipe Projet Café !

      • dom says:

        Bonsoir Aymeric,
        Si tu t’es, en son temps, excusé pour ton délai de réponse de 15 jours, ils ne nous restent plus qu’à nous flageller… pratiquement 2 ans pour te répondre avec au milieu une fin du monde ! Alors oui, désolés mais nous ne sommes plus jamais venus dans les parages pensant que ta réponse nous parviendrait par mail…
        Ca ne change en rien nos impression d’alors sur ton billet pertinent et toujours très intéressant
        Maintenant que nous découvrons la confirmation de ton autorisation de partage, dans le quart d’heure qui suit, ce sera une réalité…
        Heureusement que tu étais en avance sur ton temps…
        Bien à toi

  2. Pingback: Open Mind… | Projet Café

  3. Lazaar says:

    Je cherche un concept simple a relialiser en Tunisie presisement dans un Cartier administratives très moderne au berges du lac